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compositeur

Georges Bizet

25 octobre 1838 - Paris (France) — 3 juin 1875 - Bougival (France)

Biographie

Le pas de deux enflammé d’un combat de taureaux, le claquement des castagnettes, une bande de contrebandiers gitans… Pour de nombreux mélomanes, ces images évoquent instantanément Carmen, l’ultime opéra et le plus grand triomphe du compositeur romantique français Georges Bizet. Pourtant, si 150 ans après sa première, cet opéra est aujourd’hui encore un incontournable dans le monde entier, son compositeur fut largement négligé durant son vivant. Lorsqu’il meurt à l’âge de 36 ans, c’est une figure tragique qui s'éteint alors qu’elle commence seulement à révéler son potentiel.

Premières années et éducation

Contexte familial

Né dans une famille de musiciens à Paris, la musique vient naturellement au jeune Bizet ; lorsqu’il n’apprend pas le piano sous la supervision de sa mère, il écoute en cachette les leçons de chant que donne son père. Sa tante enseigne le solfège au Conservatoire de Paris, et son oncle François Delsarte est à l’origine d’un système qui permet aux interprètes, orateurs et artistes d’exprimer leurs émotions à travers les gestes. Parmi ses étudiants les plus prestigieux, l’on compte la comédienne Sarah Bernhardt, le peintre impressionniste Edgar Degas, et les compositeurs Richard Wagner, Charles Gounod ou encore Camille Saint-Saëns.

Éducation

À l’âge de neuf ans, il fait son entrée au Conservatoire. Il étudie d’abord sous la tutelle de l’organiste François Benoist et de Pierre-Joseph-Guillaume Zimmermann, l’ancien professeur de piano de l’institution. Le jeune Bizet est un pianiste particulièrement doué – il impressionne même Franz Liszt – bien qu’il finisse par abandonner la vie de virtuose pour celle de compositeur. De toutes les pièces qu’il compose pour l’instrument, aucune ne fit date dans le répertoire du piano solo ; ses Jeux d’enfants, un ensemble charmant de miniatures pour quatre mains, précédent un grand nombre d'œuvres françaises destinées à l’enfance, dont les Children’s Corner de Debussy et Ma mère l'Oye de Ravel.

Il commence l’étude de la composition avec Fromental Halévy. La fille d’Halévy, Geneviève, deviendra plus tard sa femme, et il co-écrira le livret de deux de ses opéras, dont Carmen, avec leur fils Jacques. Son influence la plus importante fut sûrement Charles Gounod, compositeur des opéras Faust et Roméo et Juliette, à qui il dira plus tard : « Vous avez été le commencement de ma vie d’artiste. Je résulte de vous. Vous êtes la cause et je suis la conséquence. » À travers Gounod, il fait la connaissance de Camille Saint-Saëns, qui devient lui aussi son ami.

Le Prix de Rome et les années en Italie

En 1857, Bizet remporte le prestigieux Prix de Rome lors de sa seconde tentative (parmi le jury cette année-là se trouve notamment Hector Berlioz), prix qui lui garantit un salaire pour vivre et composer dans la capitale italienne. À l’âge de 19 ans, il arrive à la Villa Medici, dans laquelle il s’installe pendant trois ans. Les années à Rome voient l’achèvement de quelques œuvres, mais surtout beaucoup de tentatives avortées. L’une de ces pièces de jeunesse, un opéra comique italien nommé Don Procopio, devra attendre 1906 pour être présenté au public.

Un Génie Incompris

Retour en France

La nouvelle de la grave maladie de sa mère rappelle Bizet à Paris. Après la mort de celle-ci, il entretient une brève liaison avec la gouvernante de son père, dont naît un fils, élevé comme son demi-frère afin de préserver les apparences. C’est dans la capitale qu’il assiste à la première désastreuse de Tannhaüser de Richard Wagner, un événement qui le marque profondément. Il déclare alors Wagner « le plus grand des compositeurs vivants », ce qui lui vaut des accusations de wagnérisme.

Les années qui suivent son retour à Paris sont pour Bizet une période de profonde frustration. L’engouement des amateurs d’opéra pour les œuvres classiques établies ne laisse que peu de place pour les nouveaux talents émergents. Bien qu’il continue de composer, dans le cadre de son engagement au Prix de Rome, des œuvres de moindre envergure, les livrets qui l’inspirent se font rares (parmi les sujets abandonnés figurent Hamlet, Macbeth ou encore Don Quichotte). Ses archives révèlent de nombreux projets avortés, voire des tentatives infructueuses d’écrire lui-même ses propres textes. Ses revenus proviennent alors principalement de transcriptions et d’arrangements de partitions d’autres compositeurs.

Une réception mitigée

En 1863, le Théâtre Lyrique commande à Bizet un nouvel opéra. Présenté la même année, Les Pêcheurs de perles est sa première œuvre mise en scène. L’intrigue se situe dans l’ancien Ceylan (actuel Sri Lanka) et met en scène deux hommes dont le vœu d’amitié est mis en péril par leur amour commun envers la même femme, une prêtresse déchirée entre les sentiments qu’ils lui portent et son propre vœu envers la religion. Bien que l’accueil du public soit plutôt favorable, la critique se montre sévère – parmi eux, seul Berlioz semble prendre l’œuvre au sérieux – et Les pêcheurs de perles est retiré de l’affiche après seulement dix-huit représentations. Si cet opéra ne figure pas parmi les incontournables du répertoire, en raison notamment de son livret faible et de ses multiples fins confuses, il reste le deuxième opéra le plus joué du compositeur, en particulier grâce au très populaire duo d’amitié pour baryton et ténor de l’acte I, « Au fond du temple saint ».

Son opéra suivant, La jolie fille de Perth, connaît un sort beaucoup moins favorable. Très largement inspiré du roman éponyme de Walter Scott, l’œuvre tente de capitaliser sur la fascination pour l’Écosse qui s'est emparée de l’Europe au XIXᵉ siècle. Malgré la partition inventive de Bizet, digne de la tradition mozartienne dans l’écriture de la voix, et la déclaration d’un critique qui qualifie le deuxième acte de chef-d’œuvre lors de la première en 1867, la plupart raillent la mièvrerie de l’histoire d’amour et l’absurdité du livret. À l’image de son prédécesseur, La jolie fille de Perth doit être retiré de la programmation au terme de dix-huit représentations.

La révélation

Les années qui suivent sont marquées par la frustration et les échecs répétés. Bizet ne parvient toujours pas à vivre financièrement de ses compositions, et son quotidien est marqué par une dépendance à la cigarette et de longues heures de travail passées à la maison d’édition. Le siège de Paris par l’armée prussienne entre septembre 1870 et janvier 1871 ne fait qu’aggraver la situation, et cette période voit naître beaucoup d’ébauches d’opéras abandonnées, voire à peine commencés. Ce n’est qu’en 1872, avec son opéra comique en un acte Djamileh, pourtant lui aussi un échec critique, que Bizet semble enfin avoir trouvé une voix qui lui est propre.

Les autres œuvres de Bizet

La Symphonie en ut majeur

Sous le mentorat de Gounod naît l’une des plus importantes œuvres de jeunesse de Bizet : composée peu après son dix-septième anniversaire, la Symphonie en ut est l’une de ses rares partitions orchestrales. Pourtant, Bizet décide de la mettre sous les verrous ; il n’en parle jamais et n’essaye même pas de la publier, et il faut attendre 1935, soit six ans après sa mort, pour qu’elle soit présentée pour la première fois au public. Ironiquement, le succès est immédiat, et sa symphonie reste l’une de ses œuvres les plus jouées. Le chorégraphe George Balanchine l’utilise pour son ballet initialement intitulé Le Palais de Cristal, rebaptisé Symphonie en ut lors de sa première à l’Opéra de Paris.

L’Arlésienne

Plus tard dans l’année, Bizet achève la musique pour la pièce l’Arlésienne, dont l’intrigue, située en Provence, présente les malheurs d’un jeune homme qui se suicide lorsqu’il apprend l’infidélité de sa fiancée, la jeune femme originaire d’Arles qui donne son nom à la pièce. Afin de donner une couleur locale à sa musique, Bizet intègre des mélodies provençales, dont le chant traditionnel d’Épiphanie « La Marche des rois ». La pièce est un échec mais, encouragé par ses amis dont le compositeur romantique Jules Massenet, il en tire une suite orchestrale en quatre mouvements. Cette suite, ainsi que celle arrangée par son ami Ernest Guiraud, connaît un succès durable – la « Farandole » qui conclut l’œuvre  reste en particulier un bis très apprécié du public.

Carmen

Un an plus tard, il a enfin terminé la première esquisse de l’opéra qui deviendra son magnum opus : Carmen. Dans ce conte d’amour, de jalousie et de meurtre, la gitane qui donne son nom à l’opéra séduit le jeune et naïf officier Don José, qui répudie pour elle sa fiancée Micaëla et rejoint sa bande de contrebandiers. Carmen finit par abandonner José pour le séduisant toréador Escamillo, trahison qui se conclut dans une confrontation finale bouleversante entre les deux anciens amants.

La partition de Bizet regorge de mélodies inoubliables ; même ceux qui n’ont jamais franchi la porte d’une salle d’opéra connaissent le chœur triomphal d’Escamillo, « La marche du Toréador », ou la « Habanera » envoûtante de Carmen, où l’amour est comparé à un oiseau rebelle. Malgré sa magnifique orchestration, le sujet audacieux de l’opéra l’empêche presque d’atteindre la scène. Il faut attendre un an et demi de reports pour que ce chef-d’œuvre ne soit créé le 3 mars 1875, en présence de figures éminentes de la musique parisienne, dont Gounod et Massenet. À l’instar des œuvres précédentes de Bizet, les critiques sont mitigées. Beaucoup sont déconcertés par le réalisme cru et la perversion de ses personnages, en particulier celle de Carmen. Ce sont ironiquement ces mêmes éléments qui ont assuré à l’opéra son intemporalité : sa représentation avant-gardiste de la mort, de l’immoralité et de la classe ouvrière de Séville, bien que controversée, a ouvert la voie à une expression réaliste et dramatique plus libre à l’opéra. Le mouvement italien vériste – souvent associé aux opéras Cavalleria rusticana et Pagliacci – a notamment pu s’épanouir grâce au succès de Carmen.

La réception froide de Carmen laisse un arrière-goût amer à Bizet, qui meurt d’une crise cardiaque trois mois après la première, le soir de la trente-troisième représentation, à seulement trente-six ans. Plus de 4,000 personnes assistent à ses funérailles, dont de vieux amis et collègues du Conservatoire, et Gounod, son mentor, y donne un éloge funèbre éploré.

L’héritage de Bizet

Par un cruel coup du sort, Bizet ne sut jamais que Carmen l’avait propulsé dans le firmament musical. L’œuvre conquit rapidement toutes les scènes lyriques d’Europe. Des grands noms comme Brahms et Wagner encensèrent l’opéra – Brahms l’aurait vu vingt fois – tandis que Nietzsche y voyait l’antidote idéale à la « névrose wagnérienne ». Tchaïkovski, qui assista à la version parisienne, lui adressa d’abondantes éloges. « Si un opéra contemporain est destiné à survivre à notre siècle, c’est précisément celui-ci », écrit-il. 

La prédiction de Tchaïkovski se révéla juste : Carmen est l’opéra francophone le plus joué du 21e siècle, et le troisième tous langages confondus. Ses suites orchestrales continuent d’apparaître dans les programmes symphoniques et de nombreux musiciens, dont le pianiste Vladimir Horowitz, en ont transcrit et arrangé la partition. Quant à la comédie musicale Carmen Jones, qui fut adaptée au cinéma, elle met en scène les plus grands acteurs afro-américains du XXᵉ siècle. Avec ses mélodies inoubliables et ses thèmes universels d’amour, de désir et de jalousie, Carmen est voué à rester un pilier du répertoire pour les siècles à venir.

Georges Bizet : les dates clés

  • 1838 : Naissance à Paris dans une famille de musiciens.
  • 1848 : Admission au Conservatoire de Paris à l’âge de neuf ans ; mort de Gaetano Donizetti.
  • 1849 : Bizet gagne le premier prix de solfège et commence ses leçons privées avec Zimmermann ; mort de Frédéric Chopin.
  • 1853 : Après la mort de Zimmermann, Bizet rejoint la classe de composition de Halévy.
  • 1855 : Composition de la Symphonie en ut ; naissance d’Ernest Chausson. 
  • 1857 : Bizet gagne le prix de Rome, ainsi qu’un prix remis par Offenbach pour son opéra en un acte Le Docteur Miracle, créé un an après. Mort de Mikhaïl Glinka. Naissance d’Edward Elgar.
  • 1858 : Début des études à Rome.
  • 1859 : Bizet termine la composition de son opéra bouffe Don Procopio. Mort du compositeur allemand Louis Spohr, ami de Beethoven.
  • 1860 : Naissance d’Isaac Albéniz, de Gustave Charpentier et de Gustav Mahler.
  • 1861 : Bizet assiste à la désastreuse première à Paris de Tannhaüser de Wagner. Mort de sa mère.
  • 1862 : La gouvernante de son père donne naissance à leur fils. Pour étouffer l’affaire, l’enfant est élevé comme demi-frère de Bizet. Mort de Fromental Halévy, le professeur de Bizet et père de sa future femme Geneviève.
  • 1863 : Première des Pêcheurs de perles au Théâtre Lyrique de Paris, qui connaît dix-huit représentations et ne fut plus jamais joué du vivant de Bizet.
  • 1866 : Bizet termine la composition de son opéra La Jolie Fille de Perth ; naissance de Ferruccio Busoni et d’Erik Satie.
  • 1868 : Bizet termine la dernière version de sa Symphonie de Rome, Souvenirs de Rome, entamée pendant ses études dans la capitale italienne et qui n’a jamais pleinement satisfait le compositeur. Mort de Gioachino Rossini.
  • 1869 : Mariage avec Geneviève Halévy. Mort d’Hector Berlioz.
  • 1872 : Première de l’opéra en un acte Djamileh à l’Opéra Comique, qui malgré sa réception critique désastreuse donne enfin l’impression à Bizet d’avoir trouvé sa voix. Composition de musiques pour la pièce l’Arlésienne, qui est un échec, mais dont la première suite pour orchestre connaît la postérité. Naissance de son fils, Jacques. Naissance d'Alexandre Scriabine et de Ralph Vaughan Williams.
  • 1873 : Début de la composition de son ultime opéra et magnum opus, Carmen. Naissance de Serge Rachmaninov et de Max Reger.
  • 1874 : Début des répétitions pour Carmen. Naissance de Gustav Holst, Arnold Schoenberg et Josef Suk.
  • 3 mars 1875 : Première représentation de Carmen à l’Opéra Comique de Paris. Naissance de Maurice Ravel quatre jours après la première.
  • 3 juin 1875 : Bizet meurt d’une crise cardiaque à Bougival, la nuit de la trente-troisième représentation de son chef-d’œuvre.

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