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compositeur

Christoph Willibald Gluck

2 juillet 1714 - Erasbach (Allemagne) — 15 novembre 1787 - Vienne (Autriche)

Biographie

Christoph Willibald Gluck (1714-1787) est l'une des figures majeures de l'opéra classique du 18e siècle. Compositeur allemand formé à l'école de l'opéra italien, il a bouleversé l'art lyrique de son temps en lui imposant une exigence nouvelle : mettre la musique au service du drame. Avec des chefs-d’œuvre comme Orfeo ed Euridice et Iphigénie en Tauride, il a posé les fondations de l'opéra moderne et marqué durablement les traditions française et allemande. Cette biographie retrace le parcours d'un homme qui voulut rendre à l'opéra ses lettres de noblesse.

Jeunesse et débuts

Naissance et jeunesse

Christoph Willibald Gluck naît le 2 juillet 1714 à Erasbach, près de Berching, dans le Haut-Palatinat. Fils d'un garde forestier au service de familles nobles de Bohême, il grandit dans une région partagée entre les cultures germanique et bohémienne. On sait peu de choses de ses toutes premières années, mais il est établi que sa jeunesse fut marquée par des séjours formateurs à Prague et à Vienne entre 1728 et 1737, qui lui ouvrirent l'esprit et élargirent considérablement ses horizons musicaux.

Formation

C'est en Italie que Gluck achève son éducation de compositeur. À Milan, il étudie auprès de Giovanni Battista Sammartini, l'un des grands maîtres de la composition instrumentale de son époque, qui lui transmet une science approfondie de l'écriture. Durant ces années italiennes, le jeune musicien découvre et se passionne pour l'opera seria, le genre dominant de l'époque. Il s'oriente alors vers une carrière de compositeur d'œuvres lyriques pour la scène.

Débuts dans l'opéra italien

Gluck fait ses débuts dans le moule de l'opéra italien le plus orthodoxe. Il compose de nombreux ouvrages sur des livrets conformes aux conventions du temps, notamment ceux de Métastase, le librettiste le plus célèbre de l'opera seria, source de la majorité de ses premiers opéras. Voyageant à travers l'Europe, de l'Italie à Londres en passant par les grandes cours du continent, il acquiert une expérience considérable. En 1752, il s'installe durablement à Vienne, où l'impresario du Burgtheater, le comte Durazzo, l'engage pour écrire des opéras puis lui confie la direction du théâtre. C'est là que va germer, peu à peu, l'idée d'une transformation radicale de l'art lyrique.

La réforme de l'opéra

Refus des excès virtuoses du baroque

Au fil de sa carrière, Gluck prend conscience des dérives de l'opera seria italien. Le genre s'était mué en un prétexte à l'étalage vocal : les chanteurs, et particulièrement les castrats vedettes, multipliaient les ornements et les vocalises pour briller, au mépris de toute cohérence dramatique. L'intrigue n'était plus qu'un fil ténu tendu entre des airs spectaculaires. Dans la célèbre préface d'Alceste, il affirme avoir voulu « dépouiller la musique des abus » introduits par la vanité des chanteurs et la complaisance des compositeurs, qui défiguraient depuis trop longtemps l'opéra italien.

Recherche de vérité dramatique

À ces excès, Gluck oppose un idéal de simplicité, de naturel et de vérité. Pour lui, la musique doit « servir la poésie » et l'expression des sentiments, sans interrompre l'action ni la refroidir par des ornements superflus. Son passage par l'opéra-comique français, avec des ouvrages comme La Rencontre imprévue (1764), l'avait familiarisé avec une écriture plus dépouillée et une attention nouvelle portée au texte. Cette quête de l'émotion authentique, dégagée des artifices, devient le cœur de son projet artistique.

Collaboration avec le librettiste Ranieri de’ Calzabigi

Cette ambition trouve son catalyseur en 1761, avec l'arrivée à Vienne du poète italien Ranieri de' Calzabigi (1714-1795). Proche des idées des philosophes des Lumières (Diderot, Rousseau, Grimm), Calzabigi partage le désir de Gluck de régénérer l'opéra. Le librettiste réclame une plus grande fluidité entre le récitatif et l'air pour donner au drame davantage de continuité, et demande au compositeur de supprimer les ritournelles instrumentales et les cadences alors incontournables dans l'opera seria. De cette rencontre naît une réforme radicale, dite « réforme viennoise ». Sa première grande réalisation est Orfeo ed Euridice, créé le 5 octobre 1762 à Vienne : c'est l'œuvre fondatrice de l'opéra réformé. Suivront Alceste (1767) et Paride ed Elena (1770), sur des livrets du même Calzabigi.

Importance de la musique au service du drame

L’idée maîtresse de la réforme est simple : tout doit concourir à l'expression du drame. L'ouverture cesse d'être un simple lever de rideau pour préparer l'atmosphère de l'action à venir. Le chœur, à la manière de la tragédie antique, prend une part active à l'intrigue, l'orchestre soutient et colore les émotions des personnages. La virtuosité gratuite est bannie au profit d'une ligne mélodique noble et expressive. En ramenant la musique à son « véritable office », Gluck jette les bases de l'opéra moderne, celui où la cohérence dramatique prime sur le brillant vocal.

Paris et la consécration

Installation à Paris

Au début des années 1770, Gluck porte son regard vers Paris, capitale d'une grande tradition lyrique héritée de Lully et de Rameau. Il y bénéficie d'un appui de poids : Marie-Antoinette, dont il avait été le maître de musique à Vienne, soutient son ancien professeur. Le 19 avril 1774, la création d'Iphigénie en Aulide, sur un livret du bailli Du Roullet, remporte un franc succès et impose le compositeur sur la scène française. Suivent une version française d'Orphée la même année, puis celle d'Alceste en 1776.

Querelle des Gluckistes et des Piccinnistes

Le triomphe de Gluck divise toutefois la capitale. De 1776 à 1779 éclate la fameuse querelle des Gluckistes et des Piccinnistes, qui oppose moins les deux compositeurs eux-mêmes que leurs partisans. À Gluck, le clan adverse, mené par La Harpe, Marmontel et d'Alembert, reproche son origine étrangère et son éloignement de l'idéal italien, qu'incarne le Napolitain Niccolò Piccinni, appelé à Paris fin 1776. Le débat dépasse vite la musique pour devenir une affaire d'esthétique et de goût. Les deux rivaux se mesurent notamment sur un même sujet, Iphigénie en Tauride : la version de Gluck, créée le 18 mai 1779, est un triomphe et constitue l'aboutissement de son art tandis que celle de Piccinni ne sera donnée qu'en 1781, alors que Gluck a déjà regagné Vienne. La querelle s'achève à l'avantage du réformateur.

Influence durable sur l’opéra français et allemand

L'héritage de Gluck est immense. En France, sa conception de la tragédie lyrique, où la musique épouse l'action et magnifie le texte, irrigue tout l'opéra du 19e siècle, de Spontini et Cherubini jusqu'à Berlioz, fervent admirateur qui ressuscitera ses œuvres. En Allemagne et en Autriche, son exigence dramatique ouvre la voie à Mozart, qu'il rencontre lors de son retour à Vienne, puis à Weber et, plus tard, à l'idéal wagnérien du drame musical total. Aujourd'hui encore, les opéras de Gluck figurent au répertoire des plus grandes scènes lyriques du monde. Rares sont les compositeurs dont la réforme aura à ce point redéfini un genre tout entier.

Décès en 1787

Retiré à Vienne après Écho et Narcisse (1779) et affaibli par plusieurs attaques, Christoph Willibald Gluck s'éteint dans la capitale autrichienne le 15 novembre 1787. Il laisse derrière lui une œuvre considérable et, surtout, une idée qui survivra à toutes les modes : celle d'un opéra où la musique sert la vérité du drame.

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